Tom Lestienne : L’Art Primitif est un Humanisme, par Florence Bridenne.

Les expérimentations graphiques sont monnaie-courante pour ceux qui ont à coeur la libération du figuralisme. Quelque part entre la construction d’une magie savante, qui intègre les héritages Grecs et Indiens comme dans la Bagdad Abbasside du IXe siècle ou la Maison de la Sagesse, l’artiste nous propose des Totems mis à l’ordre du jour. De créations en créations naissent des Séries, comme au fur et à mesure que le temps passe il devient Genre qui devient Période puis siècles  après siècles,  s’éternise dans une ère. 

Ultra-coloré, l’art de Tom Lestienne n’a pas toujours été celui-ci.  Au commencement le noir et blanc était de rigueur – et puis l’on se souvient que l’Homme évolue. Ne nous méprenons pas, les couleurs ont toujours été là, que nous soyons artistes, que nous soyons humains: Nous n’accomplissons jamais, nous restons des abîmes glissant vers d’autres abîmes. Parfois anamorphoses parfois personnifications le motus operandi du dessinateur s’apparente à une multitude de Totems : Certains se classent dans les animaux-totem : vénérés comme des divinités et présent dans les cultures Amérindiennes, dans de nombreuses cultures Africaines et en Europe. C’est parfois sous forme de sculpture verticale avec une forte charge symbolique évoquant les totems indiens, faite sur un tronc d’arbre notamment que les oeuvres se veulent altermondialistes.

Il y a dans le travail de Tom Lestienne toujours quelque chose d’autre à observer, dans les recoins des couleurs vives, des détails nous rappelant que l’artiste quoi qu’il fasse, s’engage et n’épargne personne.

Dans une exégèse mystique apparaissant comme une discipline de ce qui naît, croisement d’autres branches du Savoir : Entre Art Brut et Kabbale, croyances d’un ailleurs qui est ici, dans des motifs Bibliques sous acide, ou autres pratiques magiques du monde : Turco-mongol des Steppes et high-tech se mélangent. Et la cohérence s’opère. Car on ne se trompera jamais en qualifiant les oeuvres du créateur : Historiographie, ethnographie et 2.0, tout est la.

Les différences majeures entre l’Occident et l’Orient empêchent de transposer au second des modèles d’analyses élaborés pour le premier, reste qu’une telle approche comparatiste permet de mettre en contexte la magie du monde dans le prisme thériomorphique du cadrage artistique de Tom Lestienne. Pauvre Occident si souvent désorienté.

Si cela ne suffisait pas, le graphiste rajoute ici et là des excroissances et des symboles venue du fond des Âges, des cryptes à l’astrologie, de la chimie aux modèles étrusques, de la mythologie aux technologies nouvelles. 

A l’origine le processus d’observation, la construction d’une conscience d’exister permet de revenir en additionnant les supports incarnant à eux seuls la substances de milliers de voix que jamais nous n’entendront. Séquence émotions de la création et de cette volonté tenace de créer à partir de tout, de rien et recréer un tout avec cette sommes.

Les motifs ancestraux nous rappellent qu’inlassablement le coeur des Hommes à toujours été sa propre représentation dans le contexte dans lequel s’exerce sa conscience. Avec dignité Tom Lestienne revient à des motifs sans nié sa présence peut être involontaire dans le Siècle de la confusion des valeurs. Tel un gardien du Temps, les multiples lectures de ses oeuvres ouvrent des portes où chacun.e armé.e de sa perception, de son histoire et de sa Liberté verra ici et là ce qui le constitue en tant qu’individu observateur. 

Dans le processus de construction il est impossible de faire fi de l’omniprésence des yeux, comme si nous étions doter de ce qu’humain ne peut voir. Les Yeux dans les oeuvres de Tom Lestienne nous tiennent pour coupable.s, comme voyeuriste.s de l’Art nous, obligeant à regarder par des prismes nouveaux, nous forçant à un libre arbitre que notre civilisation dissout dans une neutralité impensable pour un artiste. Ces oeuvres constituent une bonne partie de la substance spirituelle de l’art de Tom Lestienne qui n’a de primitif que l’idée que l’on se fait, un peu à tort, d’un Art des sociétés traditionnelles .

 Regarder est une chose, l’être est plus complexe car l’oeuvre n’a consciemment ni but ni volonté, et pourtant l’oeuvre immobile devient le joyau d’un mépris extatique. Il existe un destin identique, parce qu’il est abstrait, pour les Hommes comme pour les choses, une désignation indifférente dans l’algèbre du Mystère : Le recommencement.

Gardiens

La diligence de l’abîme enivrera vos yeux : Les oeuvres graphiques, d’une densité venant du fond des âges nous emmènent dans des rêves exacerbés par les actions du bâtisseur lui-même, laissant à celui qui regarde le temps de plonger dans de divines fatalités. Un Livre de sensations où Tom Lestienne apporte un grand scrupule d’érudition vécue par nos aïeux, nos semblables et notre ère du temps. 

Nous vivons désormais dans un temps où beaucoup ont perdu la foi en Dieu, pour la même raison que leurs ancêtres la possédaient. L’Homme, simple concept biologique n’est pas plus digne d’adoration que n’importe quelle autre espèce animale, mais c’est l’une des rares, disons la seule, à penser et vouloir se représenter, comme si notre orgueil ne suffisait pas.

Trauma

Au lieu de cela, Tom Lestienne ne se permet pas une reviviscence des cultes antiques, africanisant au nom d’une décadence mélancolique qui serait la perte totale de l’inconscience. Au contraire ne retenant que l’idée d’évolution qu’elle soit technique ou humaine, le précepte central de notre soumission inexorable est pour l’auteur la culture d’un épicurisme sophistiqué.

Le psychisme est à l’épreuve face aux personnages – parfois reconnaissables dans leurs attributs – à l’hystéro-neurasthénie fondamentale avec tous ces carrefours et intersections nous envoûtant de détails : compositions bien ancrées dans l’histoire des premiers Hommes marquant des lointains passés. 

Outre le Chronos et modernité oblige, ce monde à la croisée des arts sauvages,  tribaux et futuristes  se composent, à parts égales. D’un univers qui ne se fige pas, où nous ignorons ce que nous sommes : Absurdité du Divin, Tom Lestienne laisse place à notre vision personnelle.

 Ici et peut être avec l’arrivée de la couleur, un peu hasardeuse, le Bâtisseur donne à chacun de ses Hommes-Hybrides une émotion, une personnalité et un état d’âme, à chaque âme, quelque soit l’état, si âme il y a. 

Car si l’absurdité du divin est un point de vue, la confusion depuis la naissance de la biotechnologie, les mutations génétiques et les révolutions identitaires sont elles, bien réelles. Certains parleront d’appropriation, mais pourquoi un artiste devrait avoir une Muse ou un maître alors que l’histoire du monde peut être à elle seule le levier d’une impulsion créative ?

https://tomlestienne.jimdofree.com/

Publié par collectifmonarchs

Nous somme un Collectif qui à pour vocation de soutenir la Culture par l'aide, l'entraide et la solidarité.

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