BLACK EXCELLENCE : EN ROUGE ET NOIR, par Florence Bridenne.

Si seulement nous pouvions rallumer le plus vive espoir comme l’écrivait Montesquieu, comme le chante Damso, héros parmi tant d’autres, venu de ce continent où corruption et prospérité s’entremêlent : l’Afrique. Si seulement l’art, expression luxueuse où s’expriment les débats qui traversent la société, avait une place plus importante, alors peut être que l’on considérera l’Afrique comme ce qu’elle est réellement : Le berceau de l’humanité, et de facto des premiers artistes.

Au lieu de cela, la frilosité des engagements artistiques internationaux freine le peu d’artistes qui arrivent à se faire une place. Frilosité, clichés tenaces et persistants. Et puis il y a le rejet : rejeter l’autre, c’est avoir peur du territoire infini qui nous compose, et pourtant, dans ces contrées éloignées, vivre est un exploit, les morts-nés se comptent par milliers, la pauvreté tient tête aux engagements, aux avancées industrielles, monétaires et transitoires.

Zéka l’exilé est un digne représentant de ce monde à deux vitesses. L’artiste habite un personnage, de manière quasi constante, comme beaucoup de ses compatriotes, il ne cache pas la misère de son pays sans pour autant s’en plaindre. En effet, comme pour mettre en exergue une puissance décolonisatrice dévastatrice, l’artiste – qui à subit des couches successives de malheurs – met en scène le trop-plein de souffrance dans des situations particulièrement sanglantes, violentes.

L’artiste ne veut pas être réduit en esclavage, pour se défendre il choisit l’attaque, la provocation, l’excès. Habitant cet ‘exilé’ qui interroge sa dimension ontologique. Mais on ne baillonne pas la corruption avec une seule corde. Il faut couper les têtes, les racines, il faut souffrir, il faut mourir. Car au nom de la Liberté, être consterné ne suffit pas, être choqué ne suffit pas. Dans un monde ou la résignation est l’acceptation de son sort, où la fuite est un suicide, dans ce monde où nous aimerions voir fleurir les beaux mots de Montesquieu.

Mais dans la réalité, le pire n’est pas arrivé, il est déjà là, depuis tellement de temps qu’il est difficile de se souvenir d’un autre modèle. Zeka nous offre divers supports, des images fortes, douloureuses, montrant un génération confuse, perdue mais avec un tel potentiel, qu’on trouve de la grâce dans ces propos.

Performer comme il se doit, chaque oeuvres ressemblent à une Lettre ouverte qui doit être lue, relue pour qu’enfin cesse ce carnage. Carnage que l’artiste écrit en lettre capitale : L’argent tue. Michael Jackson lui aussi le disait : Lie for it, die for it. Le capitalisme ronge ce pays comme une gangrène, et sur le ring, l’art s’attaque à plus fort que lui. Il n’est pourtant pas question pour Zeka que de se retirer du combat. Si seulement nous avions mondialisé la solidarité comme le marché noir l’a été, l’histoire serait différente. Mais avec des si seulement, l’Afrique serait ce qu’elle devrait être : le plus grand, le plus riche et le plus extraordinaire continent du monde.

Si seulement nous avions écouter Montesquieu, Zeka serait Basquiat. Pour l’instant le pays s’enlise dans le gouffre sans fin de la famine, de la guerre. Il est encore loin ce temps où l’Art illuminera les cieux d’une Afrique en zone grise ou ni le sang, ni les larmes n’arrivent à masquer le désespoir.

A défaut, Kinshasa devient noir, les pieds dans la glaise, et du pétrole jusqu’au genoux et nous assistons médusés au pillage incessant de ce continent violé par une grande puissance au drapeau rouge

De nombreux artistes n’ont pas le même accès à la culture mais la vivacité de l’Afrique à biens des choses à nous apprendre. Les artistes d’Afrique ou d’ailleurs, Noirs ou autres sont souvent par la définition de leur métier, engagé, comme ici Zeka L’exilé (Artmutu), artiste contemporaine et perforeuse à Kinshass

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