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Laurianne Corneille : La couleur sombre de l’Obsessionnel

Note : 4.5 sur 5.

Comme se libérant d’un coeur trop lourd, la pianiste Laurianne Corneille propose pour son premier album, une approche de haut niveau doté d’une remarquable maturité. Entendez par là : autre chose, car il s’agit ici de développer un art total et pas simplement une technique aux supports multiples. Entièrement dédié à Robert Schumann, la pianiste s’évite quelques pièges malgré un titre bien sage face à l’ampleur du contenu. 

Les pièces très agitées et magistrales du compositeur sont au mieux méconnues, au pire mésestimées du grand public. Et pourtant, il y a du Clara Schumann dans ce Robert Schumann, cela s’entend dans Widmung, ode à toutes ces femmes audacieuses qui ont un jour dit « non ». > (NDLR : La demande en mariage infructueuse du compositeur allemand).

Dans le milieu pourtant balisé – qualifié à tort de rétrograde – du classique, notamment du piano, la frontière peut s’avérer bien étroite entre l’hypnotique et le répétitif, l’envoûtant et l’ennuyeux ; il y a donc dans ce premier album, un goût d’inespéré. 

Un disque aux apparences mystérieuses, où l’inlassable romantisme schumannien s’entremêle aux textes de Roland Barthes. Et si sémiologie et piano apparaissent comme deux concepts à des années-lumières l’un de l’autre, voyons cet album sous le prisme du double masculin/féminin avec entre-deux, une métamorphose constante dans la recherche de la quintessence. 

L’Hermaphrodite semble être ici un choix judicieux, pourtant c’est bel et bien un choix, que de ne pas choisir. 

Laurianne Corneille se permet déjà quelques réflexes de virtuose : Son peu de goût pour la lumière, souligné par une ambiance quasi austère nous rappelle que le romantisme est l’affaire d’initiés. Imbriquant art japonais, or et couleur sombre, cet album solo –taillé sur mesure dans l’acier Valyrien– met en avant un drame intime aux airs faussement détachés. Il n’y a pas d’avancement au mérite, rien n’est laissé au hasard. On aurait tort d’arrimer trop étroitement cette jeune pianiste à ce qui se fait déjà. 

A quoi bon débattre : parce qu’il est totalement hors norme, ce disque n’en demeure pas moins à la portée de tous les amoureux du piano. Le jeu est riche et la sensibilité à fleur de peau, le vocabulaire mélodieux et recherché notamment dans les Les chants de l’Aube – rarement jouées. Les Kreisleriana, elles, sont parcourues d’émouvantes vibrations : ni suaves, ni chaleureuses mais tout à fait subtiles.

C’est par une voix naturelle et enveloppée d’une gravité circonstancielle que vient se clore cet album, la technique musicale elle, est imparable. Un grand moment de musique où Laurianne Corneille se hisse sans le savoir à l’assaut de sommets offrant à qui veut bien l’entendre un bel et sombre objet de désir.

Retrouvez son actualité sur : www.lauriannecorneille.com et en écoute intégrale ici

Mis en avant

« Nous devons y croire, rien n’est impossible à l’Art », Florence Bridenne

Appel à la continuité du soutien aux artistes et aux travailleurs.ses de l’art Avec la crise sanitaire liée au Coronavirus, les 34 structures d’Air de Midi, le réseau art contemporain de la région Occitanie, et l’ensemble des lieux culturels du territoire sont aujourd’hui fermés aux publics. Si nos vies en sont bouleversées, cette période constitue, pour les artistes engagés auprès de nos structures, un arrêt brutal de leur activité.Plus que jamais, la solidarité est devenue indispensable à la survie de notre filière. Air de Midi et les 34 membres du réseau art contemporain en Occitanie appellent ainsi à la continuité du soutien aux artistes et aux professionnels de l’art. Il est primordial de porter une attention particulière à ces derniers.


Nous prônons donc le maintien des rémunérations prévues dans la mesure du possible pour les expositions, conférences, activités pédagogiques, événements ou toutes autres activités connexes les impliquant, quel que soit leur statut. Tout comme nous demandons aux collectionneurs.ses d’honorer leurs promesses d’achat. Nous encourageons la réorientation ou la transformation des programmes vers une diffusion en ligne, des appels à projets pour de nouvelles formes de création, la mise en place d’outils et l’échange de bonnes pratiques pour garder le lien avec ces acteurs de l’art et assurer la continuité de leur travail. Tous les membres d’Air de Midi ont appliqué ce principe.L’État, le Ministère de la culture et la Direction Régionale des Affaires Culturelles en Occitanie, la Région Occitanie ainsi que de nombreuses collectivités territoriales de la région ont déployé des dispositifs d’aides et ont assuré le maintien des subventions demandées en 2020, que les actions soient annulées ou reportées (sur son site, le réseau Air de Midi se fait le relais de ces initiatives au profit des artistes et des structures).

Dans le même élan, Air de Midi appelle à la solidarité avec les artistes-auteurs et avec les intervenants culturels investis dans des programmations culturelles.ARTISTE-AUTEUR, UNE ÉCONOMIE FRAGILELe statut des artistes-auteurs est assimilable à celui des professions indépendantes : leurs revenus correspondent à des commandes, des ventes d’œuvres et des cessions de droits, ils sont de ce fait inégaux sur l’année. De plus, la profession a évolué et les activités dites annexes (régie, missions d’éducation artistique, conférences).qui sont celles grâce auxquelles les artistes parviennent à consolider leurs revenus, ne sont pas suffisamment reconnues dans le statut.Quand l’artiste n’est pas salarié du fait d’une activité d’enseignement ou par une activité annexe (souvent elle aussi à l’arrêt, nombre d’artistes travaillant dans les services, la restauration ou le bâtiment pour compléter leurs revenus d’auteurs), la période actuelle le conduit à une précarité sans précédent.

Alors que la création constitue le coeur battant des lieux du réseau, les artistes sont aujourd’hui le maillon le plus fragile et vulnérable de l’économie culturelle. Les travailleurs de l’art indépendants comme les commissaires, critiques, conférenciers, médiateurs, …. se trouvent eux aussi dans la même situation.

SE RÉINVENTER

Le réseau et ses membres avaient décidé de faire d’avril le « Mois de l’art contemporain en Occitanie », avec une programmation artistique itinérante autour de la performance durant tout le mois.


Contraints d’annuler leurs programmes respectifs et le Mois de l’art contemporain, ces structures déploient de nouvelles formes de création avec les artistes et de rencontre avec les publics : Retours en images, ateliers pour les enfants et les familles, visites virtuelles, recommandations, conférences, interviews, jeux, créations collaboratives, appel à projets …Au delà de l’appel au soutien des artistes et professionnels de l’art, le réseau Air de Midi souhaite ainsi accompagner cette période de grande interrogation et dans la mesure du possible, imaginer des solutions d’avenir avec ses membres, avec les artistes et les acteurs du territoire.
Le réseau Air de Midi est une structure ressource pour les lieux et acteurs de l’art en Occitanie. Pour assurer la continuité des activités et le soutien à ces derniers, Air de Midi partage des informations utiles et outils pratiques, contribue à la diffusion et à la promotion des activités des structures et artistes en Occitanie.

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Les membres d’air de Midi :Les Abattoirs, Musée – Frac Occitanie Toulouse / L’AFIAC, Association Fiacoise d’Iniatives Artistiques Contemporaines, Fiac / L’Atelier Blanc, espace d’art contemporain, Villefranche de Rouergue / BBB centre d’art, Toulouse / Musée Calbet, Grisolles / Carré d’art – Musée d’art contemporain, Nîmes / Centre d’art et de photographie de Lectoure / Centre d’art nomade, Toulouse / Chapelle Saint-Jacques centre d’art contemporain, Saint-Gaudens / Le Château d’Eau, Toulouse / Crac – Centre régional d’art contemporain Occitanie, Sète / Le Collectif Monarchs – Le Volcan Scène Nationale Le HavreLa Cuisine, centre d’art et de design, Nègrepelisse / Centre d’art le Lait, Albi / La Coopérative-Musée Cérès Franco, Montolieu / Esban – École supérieure des beaux-arts de Nîmes / Fondation Espace Ecureuil, Toulouse / Frac – Fonds régional d’art contemporain Occitanie Montpellier / Galerie du philosophe, Carla Bayle / Le GRAPh – C.M.I, Carcassonne / L’isdaT – institut supérieur des arts de Toulouse / L.A.C – Lieu d’Art Contemporain, Sigean / Lieu-Commun, artist run space, Toulouse / Maison des Arts Georges et Claude Ppmpidou, centre d’art et résidences, Cajarc / Maison Salvan, Labège / Mécènes du sud, Montpellier-Sète / Menmento, espace départemental d’art contemporain, Auch / MIAM – Musée international des arts modestes, Sète / MO.CO. – Esba – Montpellier / MRAC – Musée régional d’art contemporain, Sérignan / Musée Centre d’art du verre, Carmaux / Le Parvis – centre d’art contemporain, Tarbes / Pavillon Blanc Henri Molina, Médiathèque / Centre d’art de Colomiers / Le Printemps de Septembre, Toulouse et région. / Le Vallon du Villaret, Bagnols-les-Bain

Florence Bridenne du Collectif Monarchs

Tom Lestienne : L’Art Primitif est un Humanisme, par Florence Bridenne.

Les expérimentations graphiques sont monnaie-courante pour ceux qui ont à coeur la libération du figuralisme. Quelque part entre la construction d’une magie savante, qui intègre les héritages Grecs et Indiens comme dans la Bagdad Abbasside du IXe siècle ou la Maison de la Sagesse, l’artiste nous propose des Totems mis à l’ordre du jour. De créations en créations naissent des Séries, comme au fur et à mesure que le temps passe il devient Genre qui devient Période puis siècles  après siècles,  s’éternise dans une ère. 

Ultra-coloré, l’art de Tom Lestienne n’a pas toujours été celui-ci.  Au commencement le noir et blanc était de rigueur – et puis l’on se souvient que l’Homme évolue. Ne nous méprenons pas, les couleurs ont toujours été là, que nous soyons artistes, que nous soyons humains: Nous n’accomplissons jamais, nous restons des abîmes glissant vers d’autres abîmes. Parfois anamorphoses parfois personnifications le motus operandi du dessinateur s’apparente à une multitude de Totems : Certains se classent dans les animaux-totem : vénérés comme des divinités et présent dans les cultures Amérindiennes, dans de nombreuses cultures Africaines et en Europe. C’est parfois sous forme de sculpture verticale avec une forte charge symbolique évoquant les totems indiens, faite sur un tronc d’arbre notamment que les oeuvres se veulent altermondialistes.

Il y a dans le travail de Tom Lestienne toujours quelque chose d’autre à observer, dans les recoins des couleurs vives, des détails nous rappelant que l’artiste quoi qu’il fasse, s’engage et n’épargne personne.

Dans une exégèse mystique apparaissant comme une discipline de ce qui naît, croisement d’autres branches du Savoir : Entre Art Brut et Kabbale, croyances d’un ailleurs qui est ici, dans des motifs Bibliques sous acide, ou autres pratiques magiques du monde : Turco-mongol des Steppes et high-tech se mélangent. Et la cohérence s’opère. Car on ne se trompera jamais en qualifiant les oeuvres du créateur : Historiographie, ethnographie et 2.0, tout est la.

Les différences majeures entre l’Occident et l’Orient empêchent de transposer au second des modèles d’analyses élaborés pour le premier, reste qu’une telle approche comparatiste permet de mettre en contexte la magie du monde dans le prisme thériomorphique du cadrage artistique de Tom Lestienne. Pauvre Occident si souvent désorienté.

Si cela ne suffisait pas, le graphiste rajoute ici et là des excroissances et des symboles venue du fond des Âges, des cryptes à l’astrologie, de la chimie aux modèles étrusques, de la mythologie aux technologies nouvelles. 

A l’origine le processus d’observation, la construction d’une conscience d’exister permet de revenir en additionnant les supports incarnant à eux seuls la substances de milliers de voix que jamais nous n’entendront. Séquence émotions de la création et de cette volonté tenace de créer à partir de tout, de rien et recréer un tout avec cette sommes.

Les motifs ancestraux nous rappellent qu’inlassablement le coeur des Hommes à toujours été sa propre représentation dans le contexte dans lequel s’exerce sa conscience. Avec dignité Tom Lestienne revient à des motifs sans nié sa présence peut être involontaire dans le Siècle de la confusion des valeurs. Tel un gardien du Temps, les multiples lectures de ses oeuvres ouvrent des portes où chacun.e armé.e de sa perception, de son histoire et de sa Liberté verra ici et là ce qui le constitue en tant qu’individu observateur. 

Dans le processus de construction il est impossible de faire fi de l’omniprésence des yeux, comme si nous étions doter de ce qu’humain ne peut voir. Les Yeux dans les oeuvres de Tom Lestienne nous tiennent pour coupable.s, comme voyeuriste.s de l’Art nous, obligeant à regarder par des prismes nouveaux, nous forçant à un libre arbitre que notre civilisation dissout dans une neutralité impensable pour un artiste. Ces oeuvres constituent une bonne partie de la substance spirituelle de l’art de Tom Lestienne qui n’a de primitif que l’idée que l’on se fait, un peu à tort, d’un Art des sociétés traditionnelles .

 Regarder est une chose, l’être est plus complexe car l’oeuvre n’a consciemment ni but ni volonté, et pourtant l’oeuvre immobile devient le joyau d’un mépris extatique. Il existe un destin identique, parce qu’il est abstrait, pour les Hommes comme pour les choses, une désignation indifférente dans l’algèbre du Mystère : Le recommencement.

Gardiens

La diligence de l’abîme enivrera vos yeux : Les oeuvres graphiques, d’une densité venant du fond des âges nous emmènent dans des rêves exacerbés par les actions du bâtisseur lui-même, laissant à celui qui regarde le temps de plonger dans de divines fatalités. Un Livre de sensations où Tom Lestienne apporte un grand scrupule d’érudition vécue par nos aïeux, nos semblables et notre ère du temps. 

Nous vivons désormais dans un temps où beaucoup ont perdu la foi en Dieu, pour la même raison que leurs ancêtres la possédaient. L’Homme, simple concept biologique n’est pas plus digne d’adoration que n’importe quelle autre espèce animale, mais c’est l’une des rares, disons la seule, à penser et vouloir se représenter, comme si notre orgueil ne suffisait pas.

Trauma

Au lieu de cela, Tom Lestienne ne se permet pas une reviviscence des cultes antiques, africanisant au nom d’une décadence mélancolique qui serait la perte totale de l’inconscience. Au contraire ne retenant que l’idée d’évolution qu’elle soit technique ou humaine, le précepte central de notre soumission inexorable est pour l’auteur la culture d’un épicurisme sophistiqué.

Le psychisme est à l’épreuve face aux personnages – parfois reconnaissables dans leurs attributs – à l’hystéro-neurasthénie fondamentale avec tous ces carrefours et intersections nous envoûtant de détails : compositions bien ancrées dans l’histoire des premiers Hommes marquant des lointains passés. 

Outre le Chronos et modernité oblige, ce monde à la croisée des arts sauvages,  tribaux et futuristes  se composent, à parts égales. D’un univers qui ne se fige pas, où nous ignorons ce que nous sommes : Absurdité du Divin, Tom Lestienne laisse place à notre vision personnelle.

 Ici et peut être avec l’arrivée de la couleur, un peu hasardeuse, le Bâtisseur donne à chacun de ses Hommes-Hybrides une émotion, une personnalité et un état d’âme, à chaque âme, quelque soit l’état, si âme il y a. 

Car si l’absurdité du divin est un point de vue, la confusion depuis la naissance de la biotechnologie, les mutations génétiques et les révolutions identitaires sont elles, bien réelles. Certains parleront d’appropriation, mais pourquoi un artiste devrait avoir une Muse ou un maître alors que l’histoire du monde peut être à elle seule le levier d’une impulsion créative ?

https://tomlestienne.jimdofree.com/

Pierre Raby : Le tout à l’instinct, par Florence Bridenne

Beaucoup d’artistes, Monarques qu’ils sont prétendent faire de tout. Par symétrie, notre réflexe se tourne vers des artistes qui finalement ne font rien en particulier. Piège comme il se doit des passions à n’en plus finir. Le rôle de l’artiste n’est pas de faire, c’est le rôle de l’artisan. L’artiste lui doit transmettre, transposer, décrire, dépeindre, retranscrire. Là où il peut faire de tout est dans sa manière, dans sa façon de faire, selon son tempérament, sa sensibilité, son talent. Il n’est pas souhaitable de parler de talent lorsque l’on traite du travail de Pierre Raby. 

Sa perception du monde est sienne, moderne, industrielle, brute. Pierre Raby est l’artiste de l’objet prit son un angle bien précis, de l’hyperréalisme au visuel urbain. Son travail dépasse l’espace-temps, car être artiste est laborieux. Mais lorsque le désir se fait exigeant le beau n’est que le commencement de la belle oeuvre. Pierre ne souhaite pas un monde défini, il n’est pas fidèle par habitude. De l’un à l’autre, inlassablement, son esprit de création se voudrait être dans une tangente, tangente qui n’existe que chez les incertains. L’incertitude c’est voir les choses qui s’enrichissent puis abandonnent comme le dit Rilke. Mais si quelque chose le quitte Pierre devient un point pivotant. Un jour quelque chose nous quitte et l’artiste qu’il est, en gloire le métamorphose.

En s’extasiant constamment de ce que font les autres, sa création en devient sereine et habitée : qu’aucun début ne commence, sans qu’une fin puisse commencer. Dans cet espace heureux et chantant, c’est la mélancolie même qu’il nous offre. Loin d’un contemplateur, ordonné et paisible, il y souffle un léger soupir d’affection qui rendrait tout épine désirable. 

Pierre exécute ce qu’il trouve opportun. S’inspiré est pour lui un aspect inhérent, tel un deuil errant – de ce qui jadis à été fait, et de ce fait qu’il n’aura pas à faire.

En revanche, gorgé de ressources et d’idées, Pierre accomplit ce qui est déjà en lui et que le monde qui l’entoure sublime, par le simple fait de son existence. 

Il y aura toujours un espace inutilisable dans les oeuvres des autres mais Pierre n’en n’a que faire, il érige cet espace faisant de son art l’apothéose d’ingurgitations multiples de tous les arts qui s’offrent au monde. Un don de soi qu’il renvoi – sans désinvolture mais non sans une certaine émotion. 

Car si le mot est fort c’est pourtant bien L’Amour qui est pour Pierre Raby un acquis. L’artiste qui ne fait pas tout mais qui regarde tout, écoute tout, ressent tout.  Son existence semble encore enchantée face aux profanes pressés qui exécutent leurs oeuvres sans douleurs aucunes, sans risques, sans comprendre. 

Empressés, nous le sommes, c’est l’un des maux du Siècle; Pierre ralenti le tempo et certains appelleront cela méthode, mais ce serait passé à côté du poète que Pierre Raby est.

En variant ses propres variations, il offre à l’interlocuteur ce qu’il veut que l’on voit de lui. Comme les mots des poètes qui résonnent mais qui de décrivent pas l’homme qui écrit. Pierre Raby ne se cache pas et ne se montre que par le prisme de ce qu’ils aiment. Le monde de Pierre est celui où l’on peut varier les plaisirs, les points de vues, les circonstances, les lieux, c’est son processus créatif sans doute.

Mais comme un enfant émancipé, le penseur amoureux de l’amour fait acte d’une certaine discretion, mettant le talent des autres dans le sien, avec délicatesse et beauté comme les Romantiques regardant la qualité esthétiques des larmes amères. Mais ici aucune amertume, Pierre est un artiste assumé à la synchronie naturelle, assumé certes, mais mettant tout de même un léger voile devant son talent inachevé sous prétexte qu’il ne peut endossé le rôle d’Un enfant du Siècle, qu’il est pourtant profondément.

Mathias Zwick : De l’ennui : Révélateur de la vacuité de l’existence, par Florence Bridenne

Il nous arrive de nous ennuyer. Mais les artistes sont là pour nous. Soit parce que ce que nous vivons suscite peu notre intérêt, soit parce que nous ne savons pas précisément quoi vivre, alors nous nous tournons, quasiment instinctivement, vers ceux qui savent mettre en scène. Pendant que le temps cesse de passer. Mathias Zwick nous renvoie à une sorte d’intériorité vide mais si travaillée que l’ennui paraît être une excuse. Autrement dit : En quoi l’ennui peut-il être une expérience artistique et métaphysique ?

La souffrance de l’ennui étant révélatrice de l’absurdité de l’être. Le grand, très grand Arthur Schopenhauer dans son Monde comme Volonté et comme Représentation, nous raconte une pulsion de vie qui cherche absolument sa préservation. Notre marche est une chute incessamment arrêtée, livrant bataille à la mort à chaque seconde, jusqu’à la fin inéluctable comme dans La mort d’Ivan Ilitch de Tolstoï où surprise : il meurt. Oui les Russes et l’ennui c’est quelque chose.Salvatrice chez beaucoup d’artistes, l’ennui libère de nos illusions, retire d’un seul coup le vernis.

Celui qui s’ennuie acquiert une forme de sagesse. Et on le voit, on partage aujourd’hui davantage d’oeuvres de grands penseurs que de chatons jouant avec des boules de neiges. Et ce n’est peut être pas si mal. Mais l’humain aime les chats et là est le problème. Même avec ses teintes colorées et le monde confiné recréé par Mathias Zwick, l’homme ne supporte pas longtemps cette vision. Et puisque la fuite de l’ennui est à l’origine de la sociabilité. La fuite de l’ennui est au principe de tous nos divertissements. Et se divertir c’est bien, mais condamner à le faire revient finalement au même.

Le jeune artiste jette une vraie et belle lumière sur le réel, on en oublierai presque la souffrance et à ce titre le refus de considérer la vie comme absurde comme le rappelle cet ‘idiot’ de Pascal. Si certains le vivent bien, c’est parce que l’Homme arrive à l’état d’abnégation volontaire, de résignation, de calme véritable. Bravo à nous !Il est malgré tout possible de voir l’ennui autrement, et en particulier de le penser par rapport à d’autres expériences de l’être comme celui de l’artiste Mathias Zwick, d’en faire quelque chose. Redevenant actif et retrouvant l’intensité de l’avenir qui, d’un instant à l’autre, surgira.

Edith Landau : Map of the Scars, par Florence Bridenne

Giono disait que la mort était naturelle, il n’était pas le seul. En revanche, s’il comprenait la douleur dans un premier temps – c’est-à-dire nous faire réagir, lutter contre quelque chose, il ne comprenait pas pourquoi certaines douleurs duraient.Cette douleur qui fait que nous ne savons plus qui nous sommes, celle où l’on demanderait bien volontiers de mourir, pour aller mieux.Comment alors faire de l’art, non pas avec cette douleur mais pour la montrer ?

Encore aujourd’hui, la souffrance est taboue, tel les pestiférés de Jaffa, nos malades sont cachés. Mis de côté. Parce qu’ils ne sont pas nous, et nous n’assumons pas le fait qu’un jour, peut-être, nous serons l’un d’entre eux. Edith Landau, photographe, en a décidé autrement. Par son regard, elle nous montre ce que nous ne voulons pas voir : des corps malades, souffrants, ou le résultat de ces souffrances que beaucoup appellent cicatrices sont mises en avant.

Si ce n’était que cela…

L’homme sain de corps élabore des théories que la douleur ignore. La photographe nous offre à voir les corps de manière brutale et mise en scène : la boue comme protection,comme seconde peau. En noir et blanc, car le coeur n’y est plus.Dans son travail les corps sont déjà ailleurs, ils ont déjà effectué et assumé toutes lesattitudes, les opérations, les ablations, les remises en question, les « pourquoi moi ».

Ces corps nous assomment, ils ont déjà tellement vécu. Et l’homme est vite dépassé parce qu’il ne connaît pas. Certains se sentiront oppressés mais en réalité ils seront rassurés : de ne pas être ceux-là, de ne pas celles-là, et bien que beaucoup posent un regard attendri sur la maladie des autres, cette charité dégoulinante n’aide pas celui qui souffre. La fraternité a ses limites, et supporter la cruauté des douleurs invisibles ses subtilités.

L’homme gouverne le monde alors que la douleur est le monde. Regardez : nous nous sentons faible mais il y a dans les photographies d’Edith Landau un appel : l’inconscient désir de ne pas souffrir. Mais que dire, quoi faire ? Lorsque les mots ne suffisent plus, face à l’accablement de l’étrangeté, il reste le silence et un goût amer de regret. Il reste aussi l’espoir, à parts égales entre résignation et rémission. Dans un dernier cri, nous osons à peine parler de beauté. 

Et pourtant, dans ces photographies magnifiques et sans sourire, l’âme demeure. On y voit encore de grandes ambitions et des rêves démesurés. Nous, êtres de bonne volonté, flirtont souvent avec l’indifférence : C’est humain. Et oser regarder l’autre, aussi grande que soit sa douleur, a toujours son utilité. Edith Landau nous le prouve : chaque image est une confession, des épreuves infinies, c’est bien pour cela qu’une femme gisant et se tordant de douleur a été heureuse, comme un enfant vivant.

Que dire de l’angoisse des diagnostics. Comment supporter les traitements ? Il y a dans ces mises en scène le replis et le regard : un exutoire sans nom. Une douleurtelle que malgré toute la volonté du monde, on se trouve enfermé dans la solitude, et je ne vois rien de pire que d’être enfermé à jamais dans une douleur telle que personne ne peut plus nous comprendre.

Et même si l’art soulage la vie, il n’a pas la force requise pour soulager de vivre.

Fabien Leaustic : Space X Biologique, par Andréa Rodin

Dans l’opinion populaire, science et art n’ont à proprement parler que peu de choses en commun. Terrible erreur. C’est en réalité un raccourci qui se veut rassurant, la science est affaire de production, de méthodes d’investigation rigoureuses, vérifiables et reproductibles. Véritable outil de production de connaissances dont le but consiste à comprendre et à expliquer le monde ainsi que ses phénomènes de la manière la plus élémentaire, ces connaissances se rapprochant le plus possible de faits observables.Pourquoi l’art n’en ferait-il pas de même ?C’est ce que propose Fabien Leaustic.Tout droit venu des sciences, sa formation à visiblement alimenté son travail d’artiste.Le résultat est saisissant, puisque la science est notre réalité elle est aussi notre art. Confronté à la toute puissance d’un apophtegme dicté par des illustres cerveaux, ses connaissances sont à la base de nombreux développements techniques ayant de forts impacts sur nos modes de vie.Le décloisonnement des disciplines en est le plus bel exemple : le potentiel artistique de la nature n’est plus à démontrer. Il était temps.Nous y voyons des cieux orangés et des cartes du monde énigmatique.Dans un idéal que l’on nommera Alchimie, il y a la perception.

Une façon de retirer la responsabilité d’interprétation de toute chose, comme un millefeuille qui trouve son sens littéral par sa superposition ; Des installations complexes, du vert et de l’oxydable.La science au service de l’artiste nous permet de naviguer dans un océan de symboles. Pour Fabien Leaustic, tout s’entremêle : un terreau comme base, puis par couches successives un axiome plus analytique que précise où tout est précis mais rien n’est aléatoire.

Dès lors on se demande : pourquoi choisir entre l’expérimental et l’intuition ?

L’artiste, lui, se joue de tout. De l’infiniment petit aux grandes expérimentations via des installation futuristes, les limites qui s’imposent à la science, ne le réfrène pas.

Pourtant il y a peu de place pour la création, si il n’y a pas d’exactitude.En observant les oeuvres du jeune plasticien, il nous rappelle que l’alchimie est l’ancêtre de la physique au sens d’observation de la matière.Et de matière, il y en a sous toutes les formes : l’expérimentation, le passage d’un état à un autre, des changements qui nous fascineront toujours autant.Exploiter la phénoménologie, une méthode qui se reconnaît dans sa poursuite d’une vérité vérifiable, nous ferait presque oublier qu’il n’y a pas qu’une vérité.Cette méthode artistique demande à Fabien Leaustic de rendre compte de la réalité du sujet sans chercher à interpréter.

C’est une approche qui se veut naturelle mais admettons le, l’artiste doit faire preuve – inévitablement – d’une certaine interprétation pour mettre en valeur une expérience sensible. Expérience magnifiée par un travail d’orfèvre qui prouve que science et art s’épousent à merveille, comme le Rouge et Le Noir.Organique et futuriste, le travail minutieux du plasticien a ce quelque chose de visionnaire qui nous montre que tout est possible, nous transportant dans des territoires inexplorés : passerelles oniriques que seule la technique ose sublimer.

Retrouvez son colossal travail et l’explication de ses travaux aux frontières du réelles ici : https://fabienleaustic.fr

Thibault Tourmente : Au temps à nouveau, des souvenirs oubliés

Par Andréa Rodin

Certains artistes peuvent « voir à travers », ce n’est pas un don du ciel mais une approche sensorielle. Ce qu’un profane ne voit pas, l’artiste lui, ne le voit pas non plus, il le pressent. Thibault Tourmente est de ces artistes dont la fonction humaine nous est primordiale.À partir de fragments de vie, l’artiste crée des arrangements originaux où d’autres fragments apparaissent : les figures se mêlent à des volutes qui peuvent tout autant être des monuments majeurs, à des fossiles prouvant que nous ne sommes pas éternels, ou bien à une feuille de cerisier japonais.

Dans les œuvres de Thibault Tourmente l’eurythmie est grandiose: en détournant le réel, il nous le donne mieux à voir. Quand mémoire collective et vision personnelle s’entrechoquent, chaque collage laisse voir son éclat baigné d’intemporalité.Multirécidiviste de la recherche, l’artiste autodidacte propose des collages d’une surprenante beauté architecturale.

La genèse de son travail est encore plus intéressante que l’oeuvre qui en résulte. Au commencement, sa pratique lui vient du travail de Dash Snow et un phénomène de sérendipité vient clore le processus. En voulant revenir à l’objet, Thibault Tourmente a ce quelque chose de touchant, comme un enfant qui tombe sur une boîte en fer contenant un dé, trois petits soldats de plomb cassés et rouillés et des photographies usées de personnes qu’il ne connaît pas. Cette boîte, il l’appellera « Trésor ». Il sait que ce n’est pas à lui mais, désormais , c’est à lui.

Magie de l’appropriation.

Si l’on cherche ardemment un trésor, comme ces hommes en quête de sarcophages, d’or et d’éternité, l’issue est assez surprenante : Beaucoup de cas recensent une déception : en trouvant ce que l’on cherche, il n’ y a plus rien à chercher.Aussi, Thibault ne recherche pas de trésors, il les trouve. Par des déambulations, à partir de livres qui se seraient perdus dans le Temps, dans des archives oubliées. En sortant les images de son contexte, un processus de création s’opère, l’adage « ex nihilo nihil fit » , prend ici tout son sens.

Une nouvelle sémantique visuelle saupoudrée de dialogue voit le jour : l’artiste cherche la rencontre et tout est de nouveau sophistiqué, nostalgique, plus ogival que jamais. Les vieux livres d’images deviennent des poésies de choses oubliées.Bien que ce soit une modalité récurrente dans le collage, les séries de Thibault explorent tout particulièrement le caractère éphémère de l’existence, vous verrez des mains, des crânes, des radiographies… car l’omniprésence du corps humain est presque un modus operandi iconographique pour l’artiste. Des végétaux aux statues antiques dont on ne sait plus qui est qui, mais qui, l’espace d’un instant, redeviennent ces êtres illustres qu’ils pouvaient être jadis. Des cornes d’abaque, des toques ducales, des hourdages, des êtres vivants, des guillochis, des âmes par centaines, des fonds baptismaux : tout ce qui a un jour été, se métamorphose désormais dans un perpétuel recommencement.

Une nouvelle sémantique visuelle saupoudrée de dialogue voit le jour : l’artiste cherche la rencontre et tout est de nouveau sophistiqué, nostalgique, plus ogival que jamais. Les vieux livres d’images deviennent des poésies de choses oubliées.Bien que ce soit une modalité récurrente dans le collage, les séries de Thibault explorent tout particulièrement le caractère éphémère de l’existence, vous verrez des mains, des crânes, des radiographies… car l’omniprésence du corps humain est presque un modus operandi iconographique pour l’artiste. Des végétaux aux statues antiques dont on ne sait plus qui est qui, mais qui, l’espace d’un instant, redeviennent ces êtres illustres qu’ils pouvaient être jadis. Des cornes d’abaque, des toques ducales, des hourdages, des êtres vivants, des guillochis, des âmes par centaines, des fonds baptismaux : tout ce qui a un jour été, se métamorphose désormais dans un perpétuel recommencement.

L’artiste tire de ce qu’il a glané ici et là, des constructions comme une Tour de Babel de ce que l’autre ne veut plus. Tous les éléments récoltés précieusement, en vue d’une utilisation future, montrent que ce n’est pas tant leur provenance qui compte mais ce qu’il en adviendra : des histoires dont on ne connaît ni le début ni le dénouement.Cela est à l’image de notre humanité dont la fin inéluctable nous pousse à transmettre, et sans vouloir figer l’instant, instinctivement, nous incite à laisser une trace de notre passage : « Mystère Principiel » , disait Annick de Souzenelle. Il s’agit de ce désir insensé qui veut qu’à défaut d’avoir été quelqu’un d’utile à ce monde, nous y avons créé quelque chose.

Adrien Belgrand : Réalité de ce qui n’a jamais existé, par Andréa Rodin

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Aux antipodes des peintures fluidifiées de la matière picturale synonyme d’une ouverture à des vecteurs aléatoires : L’abstinence chromatique encore opérante dans le milieu de la peinture de genre, Adrien Belgrand, reconsidère les choses et porte un sérieux indéfectible sur les scènes initiales. Dans une volonté insatiable d’hyperréalisme, le peintre signe ses oeuvres avec un accent plus doux et beaucoup plus complexe sur le sujet, le présentant comme un objet vivant et tangible. 

Le jeune peintre ne nous regarde pas tel un dieu observant ses créations, moins encore comme un troisième oeil ou un invité caché. Non. Il se met à notre place, à notre hauteur d’Homme. Les peintures hyper-réelles ne sont pas des interprétations strictes de photographies et ne sont pas des illustrations littérales d’une scène ou d’un sujet particulier. Au lieu de cela, elles utilisent des éléments picturaux supplémentaires, souvent subtils, pour créer l’illusion d’une réalité qui, en fait, n’existe pas. Réalité de ce qui n’a jamais existé.

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Au premier regard nous sommes déstabilisés à la réception de l’image. À ceci près qu’aucun procédé visant à traduire ou modifier nos sensations visuelles n’y est pour quelque chose. 

Périodiquement un autre procédé nous rappelle que nous sommes des gens de passage :  il suffit parfois d’un épisode hasardeux pour faire chavirer nos destins. Vous avez le droit de repenser à votre premier amour, vous avez le droit d’être attendri à cette pensée. Car de la tendresse nous en retrouvons dans chacune des oeuvres d’Adrien Belgrand. 

La teneur idyllique du cadre est telle que nous ne pouvons que difficilement résister à l’envie d’observer ses toiles de près, longuement, avant d’y être happé. 

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Jusqu’ici, à la lecture, quelqu’un qui ne verrait pas ses oeuvres pourraient se dire qu’il manque une charge dramatique, aussi claire et belle son eau soit-elle. Mais la portée du réalisme pousse notre esprit à construire une histoire autour d’un tableau. En opposition à l’idéalisme de l’art abstrait, qu’il s’agisse du lyrisme quasiment métaphysique de Rothko ou de l’action painting, les hyperréalistes se livrent à une observation qui se veut dénuée de subjectivité. Quelles plus belles réussites dans l’idéal créationniste d’insérer une création dans une autre ?

Par créations ce sont  nos errances, nos ballades, nos lectures; toutes ces petites intimités que nous connaissons bien, ce quotidien quelque peu bourgeois où tout semble être un peu plus léger en fin de journée. 

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Dans les tableaux d’Adrien, le soleil irradie tout sur son passage et embrase avec lui des coloris de virtuose de la couleur. L’hyperréalisme nécessite en effet, un haut niveau de technicité pour simuler une fausse réalité. De la percée au zénith, le soleil, sous tous ses angles offre l’avantage de varier les clairs et de nuancer les obscurs, virevoltant entre la feutrine d’un intérieur et l’espace aéré, les couleurs des soirs d’été. 

Un élève trop soucieux de retranscrire en oubliant de peindre serait en peine devant la rudesse sans nuance aucune des cieux azur, mais l’atonalité de l’ensemble offre une ambiance pittoresque assumée. Ni le bleu ,ni le ciel ne viennent perturber les êtres sagement représentés. Ne sachant pas s’ils sont nous où si nous sommes eux, certains aimeraient prendre leur place au soleil.

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Mariusz Navratil : La Matrice Révolution, par Andréa Rodin

« SOFTWARE FOR NEW TECHNOLOGIES« 

Chaque artiste se retrouve parfois malgré lui, comme le porte-parole de son propre contexte sociétal. 

Les techno-sciences sont au mieux perçues comme utiles, mais à l’inverse beaucoup s’insurgent, ce seraient elles qui gouvernent de plus en plus nos vies dans une société qui cherche à éliminer l’irrationnel en nous en gommant les irrégularités, en éradiquant les comportements « hors norme ».

Les technologies numériques ont envahi notre quotidien. Nous ne réalisons pas à quel point elles nous rendent dépendants d’elles, façonnant jusqu’à nos comportements, notre pensée, nos manières d’être. 

Ces outils étaient censés nous faire gagner du temps, nous rendre plus efficaces et nous libérer en facilitant la communication dans une société en flux permanents. 

Mais depuis une décennie, un malaise parcours nos sociétés. Il se manifeste par un sentiment généralisé de perte de valeurs et de repères, par une épidémie de dépressions.

Comme la conséquence d’une fuite en avant du progrès technologique Mariusz Navratil nous abreuve d’images : preuve de cette nouvelle perception d’un temps qui nous échappe. 

La consommation d’images et leur usage modifient progressivement notre subjectivité. 

La perception sensible est remplacée par un impératif d’innovation. 

Innovation que l’on aperçoit logiquement dans les pièces systémiques et spasmodiques des œuvres de Mariusz Navratil. L’impact de ces séries nous rappellent les programmes ambitieux lancés au niveau mondial autour de la même idée : « Soyez vous même, comme les autres »

Etonnamment, ou peut-être justement, le travail de l’artiste  suit ce décloisonnement. Il y a du choix dans toutes ses oeuvres qui ont la même sonorité mais rarement la même même tonalité.

L’extrême miniaturisation de l’électronique et de l’explosion consécutive à cela, Mariusz Navratil  la porte comme un emblème.  

Il y a du séquençage de génome humain dans ses oeuvres. Ne soyons pas étonnés, dans une mouvance post-libertaire, les oeuvres de Mariusz Navratil ont une donnée philosophique très nette : des carrés à n’en plus finir représentent en eux-même s transhumanisme artistique qui fait ressurgir des ambitions que l’on pensait pourtant peu concevable. 

Visionnaire est désormais un métier difficile mais, le plasticien  Mariusz Navratil nous montre que nous sommes tous un peu allumés mais globalement inoffensifs, ce qui n’est pas bon signe. 

Frôlant la catharsis, ses oeuvres à n’en plus finir résonnent dans se rêve incompréhensible mais tenace qu’est l’immortalité.

Mariusz Navratil, fidèle à son modus operandi iconographique, façonne un monde de biotechnologies, robotiques, où le sombre tranche avec les nanotechnologies parfois quelques fragments d’humains qui n’ont d’autre choix que de fusionner. Comme un pantographe au service de l’Art, Mariusz Navratil inlassablement nous révèle la suprématie des technologies.

On y trouve une incarnation artistique tel un Manifeste du high-tech humain, face au gigantesque piège dans lequel les grandes firmes nous enferment. 

Artiste de son temps où tout est technologie, hormis l’humain qui n’en demeure pas moins son point d’origine.