Héloïse Berns : ‘Au vent mauvais’

La mélancolie, jadis condition de l’homme déchu gardant le souvenir de ses origines divines, s’apparente depuis des siècles à une maladie de l’âme, devenue peu à peu un trait distinctif du tempérament même de la condition d’Artiste.s ou des Créateurs.

Comme dit si bien Verlaine, ces fantômes vermeils font lypémanie. Dans le mot allemand Schwermut, tout y est dit : La mélancolie est une humeur pesante , avec pour Dieu Saturne-Chronos. Et si Saturne est mobile c’est surtout la plus belle planète du système solaire (et elle flotte : tentez l’expérience, mettez Saturne dans un gros et large océan, elle ne coulera pas.)

C’est aussi la personnalité de la photographe que l’on rapproche ici : Discrète et toujours un peu cachée, Héloïse Berns est toujours là – ici il faut entendre : être présente. C’est après tout ce que l’on demande au photographe ?

Notre créatrice prône une vision de ce qui l’entoure tout en mélancolie assumée. Ces nuances de gris à n’en plus finir pourraient soulever quelques critiques faciles : les théories des humeurs lorsque l’on est une femme et que l’on parle de gris invite parfois à de possibles faux-pas. Mais le noir et blanc ne rendent pas plus beau : c’est le travail obstiné, d’équilibre des contrastes, la mesure du candela, l’intensité de la photométrie, la texture du grain. Tout cela en plus d’une signature, celle d’avoir un développement poussé qui prouve que chimie et beauté souvent sont liées.

Ce qui est gris est un état transitoire qui ne donne que rarement envie. Mais dans un contexte artistique, tout prend un sens différent, et là est la particularité d’ Héloïse Berns qui à la force d’appuyé si simplement le coloris que l’on admet la sincérité de sa conception. Autrement dit en ne l’assimilant pas au désarroi.

Car les photographies d’Héloïse sont notre quotidien, le sien, le votre. Elle nous plonge dans des rues pluvieuses, des bords de mer doucereux, des fragments de vie captées presque sans le savoir. Qui dit mélancolie dit souvent clair-obscur. Diderot, cette Lumière, le définit pourtant comme « un problème technique et esthétique ». Or ici, l’artiste nous touche par une proximité rare avec le protagoniste ou le sujet.

Les noirs et blancs d’Héloïse Berns nous suggèrent un être à fleur de peau : Nous pensons que l’artiste ressent toujours un peu plus fort. Peut-être alors, que la mélancolie est le résultat du fait d’en savoir plus que les autres ?

Saisir l’instant, les photographies le font à merveille, elles se lisent comme des poèmes : des métaphores servant à éclairer, au moins à nous aider à appréhender le caractère élégiaque (vous savez ces poèmes alternant hexamètres et pentamètres en distiques) des échanges que nous avons avec le présent.

L’artiste tisse le récit d’un désir, d’un trop-plein, de vivre chaque événements, chaque instant et en le captant lui rendre sa seconde d’éternité. Etant donné que l’histoire de l’art vise à recouvrer ce qui a été perdu, il semble logique de qualifier ce désir primordial de mélancolique.Autant que les chercheurs, elle part à l’assaut des forêts, des mers, d‘une nature et d’une jeunesse de paradoxe. Celui qui nous aiguille tout autant qu’il nous fascine, par un noir et blanc dès plus instinctifs et inévitablement, dès plus touchants.

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