NOUS SOMMES ARCHÉENS, par Florence Bridenne.

A mon ami Alien, Robert Maurice Debois

Dans la grande bataille de l’Orient contre l’Occident, des guerres froides en plein désert,  des Hommes que l’on jettent dans une fosse commune en ce moment même, dans les Balkans, nous oublions tout, et particulièrement, notre genèse. La majeure partie de ceux qui lisent ces quelques lignes sont Français, et pourtant, vous êtes tout autant, si ce n’est plus, Archéens. Et sous le prisme de l’art de notre Artiste du jour, vous comprendrez que bien avant que les frontières découpent maladroitement le monde, tous, étions Archéens.

Souvenez-vous, originaires de régions septentrionales l’énergie thermique délivrée par le Soleil à cette époque et le flux d’UV était filtré par une couche d’ozone moins dense qu’aujourd’hui (on embrasse chaleureusement le réchauffement climatique au passage),car notre soif de détruire pour reconstruire était si dense elle aussi que ce qui était naturel est devenu une hécatombe avec comme bouclier…l’aérosol.

Revenons à Robert Maurice Debois et sa série Archéens : Artiste foisonnant dont chaque oeuvre est à la fois fantasmé, puisque notre prisme visuel est limité mais à force d’y voir, par des filtres multicolores, des terres sans Hommes, des paysages et des espèces extrêmophiles, l’on se dit que ces oeuvres, issues d’un autre monde, s’apparente à notre planète. Une planète vivable – très photogénique certes- mais quelque peu désespérante de vide semblant relater davantage de la fascination qu’une fiction réelle. Pourtant, c’est bel et bien chez nous que notre ami Alien se déplace. De la Chine au confins du monde, arborant fièrement nos maillots de foot, Brice Kreummenack cri haut et fort  « Ici c’est la Terre » non pas dans un stade, mais dans la dépression de Danakil en Éthiopie près du volcan Dallol signifiant désintégré (mais pas disparaître) ou dans le Tadrat rouge du désert Algérien par exemple.

 Car c’est bien de nous dont il s’agit. Ces paysages existent, et si ils ne vous disent rien avec leur tonalité bleuté, orangé, rappelez-vous que vous êtes Archéens. 

La saturation des photos argentiques de Brice Kreummenack nous emmène dans de sauvage endroits, sans savoir si lui-même est de cette planète, dans des milieux terribles, arides. Son génome d’Alien au coeur qui bat, met  en avant un monde quelque peu désolant, captivant, fascinant et pourtant nous savons qu’ici ils peut y avoir des explosions de couleurs bien sûr, jusqu’a l’asphyxie même, la vie est chère. Et si l’on compare au monde dans lequel nous vivons, les peurs sont les mêmes : se sentir autre, différent face à un monde gris, tiède et neutre, pas d’horizon mais beaucoup de codes, c’est un bon début pour l’autodestruction.

Irréaliste sans doute, dans cette époque qui ne semble guère inviter à croire à l’impossible, au moment où notre incapacité d’innovation atteint un rythme d’accélération presque impensable, on semble ne plus rencontrer que scepticisme, inquiétude et méfiance. N’en déplaise à ceux qui veulent vivre sur Mars, pour le moment, contentez-vous. Et les superbes images de Brice Kreummenack sont déjà un très joli voyage.

Pourquoi alors ? Pourquoi ces paysages nous semblent si familier ? Par les films, bien entendu; Dune le Magnifique notamment, Le cycle des Fondations, l’esthétique de la science-fiction. L’auteur s’inspirant autant de roman fantastique, ou de Méharées de Théodord Monod. Mais pas seulement.

Nous l’oublions déjà, nous sommes Archéens. Notre planète n’a pas toujours été celle que nous avons devant les yeux. La terre à été par deux fois un corps céleste froid donc blanche, une boule en fusion pendant Les Hadés, elle à été sur-oxydée rendant pendant des millions d’années une terre davantage rouge puis verte puis bleu. Mais c’est dans cette violence inouïe que nous sommes né.es : Nous atomes, vertébrés, Peuple du monde. Sur terre nous avons été 10 000 hommes et femmes, désormais 7 milliards nous avons forcément quelque chose de commun. Comme l’attrait à la beauté, à cette envie d’ailleurs qui n’est pas jamais loin.  

A l’échelle cosmique, c’est une multitude de catastrophes qui à rendues cette planète vivable. Ironie du sort l’auto-destruction est aussi est un gêne commun. Pendant des millions d’années notre planète à été orange, en feu, sous un désert de mercure, dans un océan à 45°, dans des couleurs aussi sublimes qu’a regardé de plus près, l’on se demande si c’est bien de notre planète dont il s’agit. Elle à été irrespirable. Et notre Alien s’y sent bien, prenant quelques selfies, s’émerveillant comme nous devant la transcendante beauté de Mère Nature. Telle qu’elle à été, telle qu’elle le sera, par cycles, comme il y a eu le Jurassique il y a aura un autre Cambrien, mais la question demeure ? Serons nous encore là ? Et sous quelle forme ?

Robert Maurice Debois

Espérons que l’Art, premier acte de transmission, demeurera dans notre code commun, car malgré nos fantasmes, celui d’un vivre-ailleurs, aucune Arche à l’horizon, pas depuis l’énième fin du monde de 1999, de 2012, ni des prédictions peu précises de Nostradamus, nous sommes obligés de redéfinir le terme même de vie devant le silence assourdissant de l’espace infini.

Brice Kreummenack est humain, mais comme beaucoup d’artistes cela ne lui suffit pas, et nous le comprenons. Notre planète bleue se craquèle ici et là, dans les failles de nos plaques tectoniques, dans le soubresaut de magma en fusion, dans les tsunamis où l’océan recrache le trop plein d’énergie dont nous ne savons finalement que faire, hormis cette passion que l’on rimera avec millions pour le nucléaire.

Notre Alien réinvente non pas seulement le monde qui l’entoure, c’est lui même qui est autre : qu’on l’appelle Alien, il est finalement la représentation la plus commune de ce que l’imaginaire se fait d’un être venu d’ailleurs, et qui s’adapte comme un étranger réussissant la traversée de la Méditerranée, à se faire une place parmi notre civilisation, pas franchement accueillante.

Archéens oui nous le sommes, Brice Kreummenack est autre chose : une personnification hyperbolique et exagérée de nos incapacités à faire de ce qui est différent, une force. Au lieu de cela, l’artiste se résigne et adopte nos codes : en soutenant le Pain et les Jeux, comme dans le monde antique, arborant fièrement les couleurs de son clubs préférés, fumant de la Weed local, voyageant en classe affaire, cherchant parmi les Humains des points communs. Nous ne pouvons savoir ce que notre Alien fuit pour ne pas être humain, mais nous le comprenons également. Notre vie est une mise en scène, Brice Kreummenack lui à eu l’audace jusqu’au-boutiste de vivre sa vie d’Alien, qu’on lui suppose et espère immortelle. 

Retrouvez son actualités sur ww.bricekrum.com

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