Thierry Cheyrol : LE MYSTÈRE INSONDABLE DU COMMENCEMENT OU LE VERTIGE DE L’ORIGINE

parLou-Gabriel Zimmerman

Dans les oeuvres de Thierry Cheyrol , aucun Chaos à l’horizon.Précédent Gaïa dans la Théogonie c’est dans les formes bien connues d’un univers pourtant presque inconnu que l’artiste instaure son état édénique. Chance qu’elle soit sienne tant de Créations il existent. Leurs similitudes sont à la fois rassurantes : nous avons quelque chose de commun que les oeuvres du dessinateur confirment ,mais d’effrayant puisque cet art n’est pas plus proche des oscillations des ondes de Rossby que du genre humain tel qu’on le connaît.

Il y a cet instant, où l’on ne sait rien, ce silence cosmique fait rapidement naître des histoires aussi sublimes, vérifiables, inviolables, qu’irréelles. Sujet parfait pour notre artiste. La cosmogonie est pour beaucoup l’Avant-Ici. Une perpétuelle Genèse, le gone de cosmogonie par exemple.

Par les oeuvres de Thierry Cheyrol nous repartons d’un début (car nous sommes déjà en partance), qui n’e serait donc pas le début mais dont on sait désormais, qu’il y avait un avant et un maintenant, un sans et un avec. Bonne nouvelle.

L’artiste par ses oeuvres offre une jolie manière de dire qu’on ne sait toujours rien mais que cette somme de Livres des Mystères, à la fois illisibles et à l’instar de La Tour de Babel incomprise que l’on soit ici ou là-bas, ici-bas ou après-ici comme le disent les Anglais. Si tout cela nous semble familier c’est parce qu’il s’agit d’une vue d’artistes dont il à bien fallut observer le sujet. C’est pourquoi nous retrouvons nos très chers eucaryotes, des mitoses, des régénérations en croissance, nos amis les procaryotes, des divisions cellulaires par scissiparité, des cellules souches monochromosomiques répliquantes, des proliférations anarchiques, des levures schizosaccharomyces pombe et ici et là des fragments de xénopes.

La vie en résumé.

Puisqu’il s’agit d’Art et non de cosmologie, regardons la dernière fascination scientifique en terme de photographies astronomiques. Parmi des milliers, celle du fond diffus cosmologique à été la plus frappante : il s’agit de la plus ancienne image électromagnétique possible d’obtenir de l’Univers. Evénement historique car c’est sans doute grâce à cette photographie que l’on connaîtra l’âge de l’univers. Et l’Homme adore daté. Il passe un temps considérable à savoir « quand », plutôt que « comment ». Ce qui semble logique dans la psyché humaine puisque Chronos, le Temps n’est rien d’autre que le fils de Gaïa et d’Hydros (l’eau). Car avant leurs naissances il n y avait rien. Rien que le Chaos.

«  Dis moi ta naissance et je te connaîtrais « 

C’est à partir de ce Rien que naquit le Tout, et c’est dans cet intervalle que le dessinateur propose sa vision, son éonothème, éon que l’on retrouve dans les plus grandes divisions géologiques, de manière moderne nous dirions ère ou époque. Mais les représentants que nous voyons chez l’artistes ne sont modernes qu’à l’échelle cosmique. On reconnaît en effet cet aspect que l’on retrouve souvent chez tous ceux qui ,animés par quelque chose qui les dépasse ,viennent à créer un Univers qui peut être un jour existera. 

Comme tout artiste, son univers est toujours un petit peu le nôtre. Thierry Cheyrol le rappelle par ses oeuvres colorées et déjà vivantes. A ce stade nous savons que le processus sera extrêmement long. Aussi sophistiquées soient-elles ses créatures sont au regard humain : au pire une approche intéressante de l’infiniment petit et de l’infiniment long, au mieux une molécule d’hexaflorure d’uranium sans symétrie octaédrique scientifiquement inutile et limitée. Pourtant rien n’est plus adorable  que ces filaments micrométriques épigénisés en hématite, non ?

La Création ne connaît pas de limite, parfois celles des dimensions comme pour Thierry Cheyrol, parfois à l’inverse, une image montrant la partie visible de notre Univers nous donne un tel choc qu’on se demande pourquoi nous doutons encore de notre solitude, disons le désormais, c’est davantage les messages sans réponses des autres occupants  du Cosmos qui posent problèmes. Nous admettons plus aisément que nous ne sommes pas seuls et rappelons le, chaque processus est très lent. Mais devant le silence assourdissant de ces corps célestes dont nul Dieu n’a encore donné son nom, le découragement peut se comprendre. Surtout devant la ferveur que suscite depuis la nuit des temps les origines, qu’elles soient idéologiques ,fossiles, microscopiques, atomiques ou religieuses. 

La possibilité de faire par soi-même une Arche sans savoir si un déluge arrivera est une subtile audace artistique,  non pas de création mais d’inventivité. Créer oui, mais créer quoi, la vie ? Pour cela il faut un certain optimisme : le dessinateur lui semble impatient car ici l’artiste ne souhaite pas attendre, puisque la création de son microcosme –  qui sans nul doute évoluera – n’est pas sans rappeler les avancées des chercheuses et des chercheurs qui à la différence de l’art ne peuvent pas agrémenter leurs découvertes de couleurs chatoyantes. Et pour cause, tout aussi palpitante soit-elle, une roche métamorphique reste visuellement ennuyeuse. 

Dans les oeuvres de Thierry Cheyrol on retrouve une particularité bien connue dans l’élaboration d’un métabolisme primitif : la désunification. Qu’importe le nom que vous leur donneraient: ces cellules, embryons, éjaculations divines ,ont connu.e.s les mêmes phases de transitions ( L’éon) qui ont marqués la fin d’une étape et dans une transition souvent impalpable, se retrouvent dans un concept créatif de l’Artiste-Dieu. Car le Dieu est celui qui par sa seule volonté peut construire un monde, le faire évoluer, s’en amuser et le détruire. Tel un artiste.

Ce monde fait d’opposés que Thierry nous offrent à lire comme un herbier du futur, prouvant que c’est parce qu’il y a l’infini grand qu’il existe l’infiniment petit et que – si ce n’est notre tenace sanctuaire religieux, nos morales et nos coutumes – nous en serions bien plus loin. Cet équilibre thermodynamique ne vient pas de l’artiste lui même, il en reprend seulement les codes, les adaptent.

C’est au sein des opposés que l’on trouve la Création du Monde , d’un monde en flammes durant les Hadés à celui du grand bombardement tardif qui donnera vie à l’Homme. Du moins il lui donnera de l’eau (Hydros rappelez-vous). Et pour en finir avec ce cliché, l’eau n’est pas synonyme de vie. La vie est la combinaison de deux choses. Donc si il y a de l’eau sur de nombreuses exo-planètes : cela ne signifie pas que la vie existe, cela signifie juste qu’il y a de l’eau. Et dans un processus dont la durée dépasse l’entendement, l’eau s’est faites Hommes.

 Mais aussi long soit il, comme instinctivement inséré dans l’humain,  la quête de l’Apocalypse (Bibliquement parlant il s’agit du Commencement, géologiquement du Paléoarchéen) toutes générations confondues – nous nous sommes rendus compte de notre finitude au moment même où nous prenions connaissance de notre conscience. Celle d’un Tout, vaste, infini, vide, et dominé par la Matière Noire dont chaque nuage, fossile ou papillon, humain ou rivière font partie inhérente.

Notre Singularité originelle n’est pas faîtes de miel mais d’un composé protéique.Si vous vous demandez comment une molécule répliquante capable d’engendrer un métabolisme complexe comprenant de nombreuses enzymes catalysantes a-t-il pu émerger, Thierry Cheyrol le dessine par des micro-organismes au seuil de la division en les observant de l’intérieur, cherchant peut être des catalyseurs pouvant donner un climat  d’autopoiétique viable. Le vocabulaire est complexe, car la vie n’est pas binaire. Elle est chanceuse, technique, alors autant outre-passé ce qui pourrait faire de vous un héros du Cluedo et laissons faire les Artistes.

 Sans un mot, le dessinateur recréé un équilibre parfait : La Terre au stade amiotique , un oasis au coeur des Ténèbres. Origine de la vie oblige, si vous avez un enfant vous connaissez probablement ce lait, Gallia que l’on prononce gaya. Ce n’est pas un hasard car dans la mythologie Gaïa est la Mère de toute vie sur terre. Ce nom selon les régions, religions et les science de la formation des corps célestes du monde on se trait qui les relis. Quelque soit l’époque le Grec est lui aussi l’entité qui porte la vie.Quand elle n’est pas portée, elle est apportée dans sa vision chrétienne par Gabriel (qui est archange et non ange) qui annonce (à la mère) la venue d’un Sauveur. Il est le Gab, la matière terre-mère. Il est dit dans le Talmud que Dieu, créant Adam, le fit d’abord golem, l’élevant du sol au firmament avant de lui insuffler son âme. Cette dernière vision semble assez proche de l’iconographie de Thierry Cheyrol : un élément créer à partir de matière inerte. Une annonce, un commencement, un début, un destin.Et il est ce lait transitoire qui permet son évolution nous montre que tout est lié et le sera toujours.

En créant son propre écosystème cellulaire aussi artistique en soit sa vision, il y a là une quête d’équilibre où les formes sont les membranes protoplasmiques et où une dynamique doit s’opérer, question de survie. L’auto-régulé des fonctions pourraient s’apparenter aux couleurs comme une réaction métabolique, les étrangetés viscérales comme réseaux autocatalytiques (puisque les êtres vivants sont toujours des réseaux autocatalytiques), et la symbiose alchimique des formes un grimoire impossibls à décrypter biologiquement, où des corps inflammatoires en efflorescences s’articulent à des dentelles rappelant les créatures subaquatiques. On suppose d’ailleurs, que le dessin est un agrandissement.Celui des grandes Histoires de ce monde, Prophétiques pour la plupart. Rappelons que l’Alchimie n’a rien de surnaturelle, elle, puisque ce n’est rien d’autre que l’ancêtre de la chimie.

Molécules organiques élémentaires : Naissance des Dieux

Thierry dans son travail met en exergue par des dessins étranges et minutieux montrant sans pudeur des commencements incertains dont le seul dénominateur commun est de se plier à un trait fédérateur ; rendant l’oeuvre dimensionnante et curieuse. Une gamme chromatique jamais discrète ou atténuée vient renforcer ces soudures. Quant aux questions de la véracités de ce que peut être des espèces aux métabolismes chimiques de base dénaturées de conscience et rendues, en absence de toute légende biotechnique, orpheline de tout avenir, est paradoxalement très proche de l’idée qu’on se ferait d’une structure cellulaire basique dans un milieu réactionnel adapté. Il serait vain d’en dégager un sens et encore moins une signification.Pour une fois la Religion narre mieux ces histoires.

La fragilité de l’Homme, sa complexité par ses finitions hors normes dans le g(r)è(g)ne animal qui s’apparente comme nous le disions, à cet instant où l’on ne savait rien mais dont la soupe comique à vite embrasé les plus inventifs d’entre nous, Thierry Cheyrol à le mérite de le rendre plausible. 

Hormis ce malade mental de Peter Pan l’Homme évolue, doucement, très doucement, mais n’est ce pas là le processus qui est lent ? Et lent par rapport à quoi ? Tout est béhaïsme dans ce monde, la plus petite particule est d’une complexité telle qu’on se pose souvent la question de son origine, en revanche on sait de manière presque innée qu’elle doit être là, comme tout ici ,dans cette Galaxie, dans les autres, tout doit être à sa place, par instinct : même l’horreur, même l’in-humain dont seul un humain peut prétendre puisqu’il est déjà en lui.

Terrible mais nécessaire, la mort, parfois à lauré de la cruauté est vitale Car revenons sur Gaïa,  la Divinité chthonienne qui engendra 12 enfants et demanda non sans une certaine ironie au jeune Chronos (Le Temps, le même) de couper avec une faucille que Gaïa avait fabriquée dans son ventre, le pénis de son père tout cela pour devenir le maître du monde. Non, on ne plaisante pas avec les Titans, mais comme pour les humains la mors de certain et la chance pour d’autres permettent un équilibre qui rassemblement étonnamment à la sélection naturelle Darwiniste.

Pour que rien ne prenne le dessus sur l’Autre. 

L’artiste est parfois considéré comme un visionnaire, voire un Dieu. Mais en grande majorité ce ne sont que des Monarques, des êtres intense ,si intense qu’ils ont le droit eu aussi de contempler leur Création.

Le temps d’observer le génie humain au service de la transcendance . 

Retrouvez ses livres et son actualité ici thierrycheyrol.tumblr.com

%d blogueurs aiment cette page :